Cette semaine, soit du 1er au 7 février, le Québec au grand complet s’unit pour une campagne de sensibilisation aux troubles du comportement alimentaire. Une autre belle initiative d’Anorexie et boulimie Québec (ANEB) et de la Maison l’Éclaircie!

C’est donc cette initiative qui m’a poussée à rédiger ces quelques lignes, car ça me fait du bien d’écrire sur un sujet aussi important à mes yeux (vu que j’en souffre moi-même) et d’actualité que celui-ci.

Selon moi, vivre avec un trouble du comportement alimentaire, c’est comme si ta vie était mise sur pause, c’est comme subir un sort du destin, sans avoir décidé de lancer les dés!

Ainsi, j’espère réussir à mettre un baume sur ton coeur grâce à mes mots. Encore mieux, je souhaite que, dans un futur proche, tu puisses sortir de ce cercle vicieux, ou aider un proche qui souffre à avancer sur la voie du rétablissement!

De mon côté, ce n’est pas toujours évident, mais j’y travaille. D’ailleurs, c’est même très étrange de m’exprimer sur ce que je vis intérieurement, parce qu’avec tout ce qu’il se passe dans le monde en ce moment (#COVID), un blocage s’est développé en moi… Mais je compte remédier à la situation en commençant par rédiger cet article qui vous raconte les épreuves de ma vie personnelle qui m’ont menée à développer un TCA.


Mon enfance

J’ai bien conscience que tout a commencé quand j’étais plus jeune. À la maison, malgré tout l’amour et les bonnes valeurs que nous recevions, ma soeur et moi, il manquait de compréhension… Avec du recul, je me rends compte que mes parents attendaient de moi que je sois apte à apprendre très vite, comme si je n’avais pas le droit d’être débutante…

C’était épuisant d’avoir l’impression de décevoir constamment et d’avoir toujours cette pression de devoir faire mieux.

C’était comme avoir peur de l’imperfection.

En grandissant, mes parents m’ont inscrit à divers cours : la natation, le soccer, la danse, le patinage. Pourtant, je n’ai jamais été jusqu’au bout de ces disciplines. J’abandonnais aussitôt que j’avais un peu de difficulté. Ce « schéma », si je peux appeler ça ainsi, s’est répété longtemps et il se manifeste encore aujourd’hui.

Je sais que mes parents voulaient bien faire, ils voulaient élever leurs enfants le mieux possible. En fait, il n’y aura jamais de parents parfaits, mais toujours des parents désireux de faire du mieux qu’ils peuvent!


L’élément déclencheur

En 2005, c’était l’année de mes 10 ans. Je me souviens que nous étions chez mes grands-parents, mon père, ma soeur et moi, lorsque ma mère a téléphoné pour nous annoncer qu’elle était enceinte. C’était merveilleux! Les yeux de mon père brillaient quand il a appris qu’il allait avoir un fils. Et nous, les filles, allions avoir un petit frère. C’était bien cool tout ça…

Quelques mois plus tard, je me revois dans la chambre d’hôpital de ma mère et je me souviens de mon père qui avait le sourire fendu jusqu’aux oreilles avec les mains sur la tête. Il faisait jour, c’était un beau moment, c’était la veille. Le lendemain matin, ma soeur et moi attendions mon père à la maison. À travers la vitre du salon, on espérait le voir arriver à tout moment avec des nouvelles du bébé.

Mais à son retour, voici les mots qui sont sortis de sa bouche:

Votre frère est parti au ciel, les filles…

Je ne vous surprendrai pas en vous disant que mes parents ont souffert de sa mort. Ils se montraient forts, mais nous le savions, ma soeur et moi. Ce qui m’a le plus affecté dans cette situation, c’est que je n’avais aucun pouvoir sur la peine ressentie par papa et maman. Il y a aussi ma petite fée de soeur qui aurait tant aimé être une grande soeur à son tour… Mais ainsi va la vie, il faut croire.

Puis en 2007, mon grand-père est décédé sur notre terrain. Il était en train d’aider avec les rénovations de la maison, mais à cause d’un malaise (ou Dieu sait quoi!), il a fait une mauvaise chute et la pelle de son tracteur lui a écrasé le thorax… Ma pauvre mère a vu son père perdre la vie ce jour là.

Encore une fois, la vie me secouait et je ne pouvais rien y faire.


Ma descente aux enfers…

Avec tout ça, j’ai fini par échouer ma dernière année du primaire. C’est certain que je n’avais pas la tête à l’école. Je ne pouvais pas me résoudre à accepter ces épreuves, parce que ça me faisait trop mal. De fil en aiguille, j’ai eu 15 ans et suis devenue ce qu’on peut qualifier d’ado anxieuse qui essayait de suivre la vague.

Ce n’était pas une partie de plaisir…

Je n’étais pas bien, je souffrais et je voulais tellement être parfaite que ça m’a tué de l’intérieur. À un moment donné, j’ai rencontré deux filles avec qui je me suis lié d’amitié… et avec qui j’ai développé tranquillement mon trouble alimentaire.

Au début, nous nous faisions vomir pour devenir mince comme  »l’idéal féminin ». On allait courir, on abusait de l’exercice physique. C’était banal, c’était comme un jeu… Mais on devenaient toxiques les unes pour les autres.

Mais tout a vraiment commencé pour moi lorsque mes deux amies ont déménagées à Montréal.

Le jeu banal du début s’est introduit dans ma vie comme un poison. Et tranquillement, cette game-là est devenue ma « frenemy »

En me faisant vomir et en me privant de nourriture pendant des jours, je me vidais de mon énergie et ça m’allait très bien, parce que je n’avais plus la capacité de penser et de vivre mes peurs…

Il m’est même arrivé de me faire vomir devant ma petite soeur d’amour, et c’est l’un de mes plus grands regrets jusqu’ici… J’étais perdue et je ne savais pas ce que je faisais. À l’époque, elle avait seulement 11 ans. J’ai un sentiment d’échec envers elle, car je n’ai pas su prendre soin d’elle, je n’étais pas fraîche et dispose mentalement.


Mon hospitalisation

Lorsque j’ai eu 16 ans, j’ai été hospitalisé à Québec durant 3 mois pour suivre une thérapie. J’avais tellement hâte de partir de cet endroit gris et vide. J’ai tout de même eu la chance d’y rencontrer une personne qui m’est encore très précieuse aujourd’hui!

Puis, à 19 ans, j’ai décidé de changer de ville, et cette décision m’a permise de me (re)découvrir et de grandir par moi-même! Ce choix a porté fruit, car pour aller mieux, il faut comprendre davantage l’impact du passé, afin de mieux vivre le présent.

Ce qui nous amène à aujourd’hui, en février 2021:

Je vais mieux!

Je serai probablement fragile toute ma vie, face à cette maladie, mais depuis un bon moment déjà, avec une alimentation saine et de l’exercice physique quotidienne, je gère bien mon trouble! Le problème est susceptible de revenir dans les périodes de stress, mais plus ça va, et plus je sais quoi faire pour éviter de retomber dans le piège!

Ma soeur elle, mène présentement un gros combat contre l’anorexie. C’est certain que je me sens responsable de ce qui lui arrive, que je me sens coupable. Sauf que, dans la vie, nous ne pouvons pas choisir les épreuves auxquelles nous sommes confrontées, mais nous pouvons choisir la manière dont nous allons y réagir.

Pour ceux qui en souffrent, les TCA sont une porte de sortie pour arriver à assurer un certain contrôle sur sa vie. Mais malheureusement, il faut se rappeler qu’on ne pourra jamais avoir de contrôle sur les évènements extérieurs.

Par contre, nous pouvons prendre pouvoir sur nos actions!

Je suis donc de tout coeur avec ma soeur et avec tous ceux et celles qui sont touchés de près (ou de loin) par un trouble du comportement alimentaire. Un pas à la fois, une journée après l’autre. N’oubliez pas de vous entourer de lumière et d’aller chercher de l’aide. De grâce, ne vous laissez pas mourir à petit feu! Gardez espoir et ne laissez pas votre égo gâcher votre vie…

Après tout : vivre, c’est beau, et respirer, c’est un véritable cadeau!

Psssit! Au besoin, n’hésitez pas à texter l’équipe d’ANEB au 1 800-630-0907.