Voici un roman d’une auteure féministe qui dénonce certains problèmes encore trop présents dans notre société actuelle.

Ayant fait des études en littérature et ayant travaillé pour différents magazines, l’auteure québécoise Martine Desjardins a une carrière impressionnante. Il n’est donc pas surprenant que son roman Méduse (sorti en octobre 2020) se démarque autant.

Depuis aussi longtemps qu’elle se souvient, le personnage principal doit cacher son regard des autres. 

N’ayant jamais vu le visage de ses propres parents et de ses sœurs, cette jeune fille difforme, surnommée Méduse, a toujours été incomprise. Née avec des yeux si horribles qu’ils pétrifient tous ceux qui croisent son regard, elle représente la honte de la famille.

Vous l’aurez donc compris, Méduse est loin d’avoir eu droit à une enfance joyeuse.

Comme elle n’arrive pas à s’épanouir dans son foyer familial, elle est envoyée à l’institut Athenæum, qui sera synonyme de nouveau départ pour Méduse

Mais ce rêve de liberté s’effondrera rapidement lorsqu’elle comprendra que cet institut pour jeunes filles malformées semble créé pour combler le désir des bienfaiteurs de cet endroit…

Le langage utilisé est soutenu et les événements d’écrits sont, à certains moments, crus. Cela représente bien la réalité dans laquelle la narratrice évolue. Les familles abandonnent leurs enfants dans un institut douteux, dans le but principal de ne pas avoir à vivre avec la honte que leurs différences apportent.

Bref, l’important est toujours de bien paraître!


Mythique Méduse

Mais, connaissez-vous l’histoire de la célèbre et mythique Méduse?

Je vous dirais que ce fut un peu difficile de trouver des sources sur le sujet, puisque ce personnage date de la Grèce antique. Surtout que son histoire a été revisitée à plusieurs reprises. Mais voici ce que j’ai trouvé…

Pourquoi une jeune fille qui avait un charme irrésistible fut transformée en gorgone?

Un jour, Poséidon demande à Méduse de le suivre jusqu’au temple d’Athéna, déesse de la stratégie militaire et de la sagesse. Une fois rendu sur place, le Dieu abuse d’elle. Plutôt que de lui porter secours, Athéna est choquée et blâme la jeune femme pour ce qui s’est produit, faisant fi des actions posées par Poséidon. Elle condamne donc Méduse à une vie malheureuse, la transformant en une créature que nous connaissons aujourd’hui pour ses cheveux en serpents et son regard meurtrier.

Méduse est le jouet des dieux. Abusée par Poséidon, punie par Athéna, la jeune fille est une victime avant de devenir un monstre.

Femmes libres de la mythologie – 12 Portraits qui nous inspirent. Livre d’Anne Lanoë et Alice Dussutour.

Il était donc temps que quelqu’un revisite l’histoire de cette jeune femme forte, qui a été punie pour les mauvais agissements des autres.


Une façade

Malheureusement, dans un monde où la narratrice a toujours été rejetée à cause de son apparence physique, le seul endroit où elle est tolérée – l’Athenæum – s’avère être une illusion.

En effet, les dirigeants de l’institut se servent des pensionnaires afin de combler leurs fantasmes les plus fous

Alors que la réalité au-delà des murs dans lesquelles Méduse a toujours été enfermée est loin d’être aussi joyeuse et enchanteresse qu’elle ne l’aurait espérée, une nouvelle rencontre dans cet endroit mystérieux deviendra sa lumière au bout d’un tunnel.


Le message

Ce roman cache beaucoup de mystères et il y a plusieurs motivations derrière les choix faits par l’auteure. Tout au long de sa vie, le personnage principal se fait traiter différemment à cause de ses difformités. Elle a tellement peur de ce que les autres lui décrivent, qu’elle n’ose même pas croiser son propre regard dans le miroir, acceptant candidement ce qu’on lui raconte.

Plus le roman avance, plus elle est consciente du dommage qui est fait lorsque les autres aperçoivent son visage atroce, et plus elle fuit son propre reflet.

L’auteure vient donc mettre de l’avant la trop grande importance que nous accordons à ce que les autres disent/pensent de nous, et à quel point cela peut nous affecter… négativement!

En me lançant dans cette lecture, je m’attendais à ce que l’œuvre soit un peu comme les contes interdits, soit une version modernisée du personnage mythique. Mais, je dirais plutôt qu’il s’agit de l’histoire d’une jeune fille qui a une condition similaire à celle de la gorgone.

Puisque le traitement réservé aux pensionnaires est loin d’être similaire à ce qui aurait été décrit dans la collection de livres populaires des contes interdits, les cœurs sensibles pourront lire ce livre sans problème.

Les événements décrits sont crus et surprenants, oui, mais Martine Desjardins se concentre surtout sur l’évolution de la narratrice tout au long de sa vie, en repoussant les limites du réalisme!

Je vous suggère donc de vous attaquer à cette lecture dès que vous en aurez l’occasion!


Problématiques modernes

Comme je l’ai mentionné en début d’article, j’ai choisi de vous présenter cette œuvre, puisqu’elle vient décrire des problèmes toujours présents dans notre société. Même en 2021, on a encore beaucoup de travail à faire pour améliorer la condition des femmes à travers le monde.

C’est pour cela que de suivre le développement de Méduse, dans ce roman, est fort intéressant, puisqu’on touche à des sujets toujours d’actualités, tel que la façon dont les femmes sont utilisées par certains hommes, les conséquences des standards de beauté et de normes dictées par la société, ainsi que la honte liée au corps de la femme.

Bref, ce livre devrait vous plaira autant par les messages véhiculés que par le style d’écriture de l’auteure!