La transsexualité pour les autres… ou comment ma soeur est devenue mon frère

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(c) Annie Spratt

Un après-midi de printemps, j’ai eu un appel au bureau: ma petite soeur ne se sentait pas bien et avait besoin d’un support moral de grande soeur. Un UBER plus tard, j’étais chez elle et, après une crise de pleurs, elle m’a annoncé une grande nouvelle:

“Je suis un garçon”

Je pense que personne ne peut s’attendre à ça.

Plein d’images se sont succédées dans ma tête, quelques-unes réelles, quelques-unes imaginées:

  • Ma soeur avec une barbe…
  • Sa gargantuesque collection de boucles d’oreilles…
  • Son indifférence à s’épiler les aisselles et les jambes depuis deux ans…
  • La réaction de ma grand-mère…
  • L’opération…
  • Le nouveau nom…

L’inconnu

Ma première réaction en personne a été quelque chose comme :

Ben là, j’peux tu te poser des questions niaiseuses? Genre, vas-tu avoir une barbe?

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(c) Emily Morter

Pendant ce temps, dans ma tête, je me suis sentie vraiment triste. Tout simplement de penser que pendant toutes ces années, il (et non elle, désormais) était inconfortable dans son propre corps. D’imaginer ne serait-ce qu’un glimpse de ce mal-être me faisait mal au coeur. Ma pauvre soeur frère avait sans doute vécu de très difficiles moments et en tant que grande soeur, on ne veut jamais ça pour nos petits protégés.

Bref, pour lui, j’ai bien pris ça. Je ne vois pas vraiment comment je l’aurais mal pris… ça ne regarde que lui, au fond, non?

Les blagues sont un réflexe de défense; quand on ne sait pas quoi dire, souvent, on en rit. Par contre, la transition n’est pas un sujet à prendre à la légère. Mon frère a ri à quelques moments, mais me l’a aussi dit quand les blagues allaient trop loin.


Les nouvelles habitudes

Ma deuxième réaction a été de demander si je devais déjà changer les pronoms et les adjectifs: elle ou il? Avait-il déjà trouvé son nouveau nom? À qui l’avait-il dit? À maman, bien sûr.

Notre maman qui semble tellement judgemental pour des petites niaiseries (les fautes d’orthographe, les leggings as pants, les odeurs corporelles dans le métro… moments gênants en public garantis), a évidemment supporté mon frère à 110%.

Elle aussi avait des drôles de question, comme :

Vu que je suis ta mère, est-ce que je peux te nommer?

Il l’avait aussi dit à ma tante, qui l’a d’ailleurs accompagné un peu plus tard au Centre Meraki, où il s’est procuré des informations précieuses pour la suite de son parcours et un chest binder, cet outil spécialisé pour cacher la poitrine sans se blesser.

Quelques jours plus tard, le nouveau nom a été choisi.

J’étais si fière de mon frère!

Car oui, la fierté est bien ce que j’ai ressenti, une fois les questionnements passés.

Lui qui, auparavant, vivait beaucoup d’anxiété, d’incertitudes, manquait de confiance, arrive maintenant sûr de lui, le torse presque bombé de fierté. Enfin, il s’est trouvé. Je ne l’ai sincèrement jamais vu aussi bien et je ne peux qu’être heureuse: mon petit frère protégé va bien!


L’incertitude

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(c) Annie Spratt

Je me demande parfois si je le soutiens bien, si je fais ce qu’il faut, si je suis une bonne alliée pour lui. Je lui pose des questions toutes les semaines, je me sens parfois nounoune, je fais des erreurs aussi, mais j’espère qu’il sait que je suis là pour lui, malgré mon peu de connaissances sur sa situation. Mais je n’ai pas besoin d’en savoir beaucoup.

Après tout, il reste mon frère, la personne que j’ai toujours connue, mais en version plus heureuse.


La suite

J’ai mis ces mots par écrit parce qu’on me demande invariablement comment MOI j’ai vécu la nouvelle. Ce qui me rend perplexe chaque fois…

Est-ce que c’est vraiment important?

Toute cette histoire, ces gros changements, cette révélation, ça ne regarde que lui, non? NON, la transsexualité ne touche pas que la personne qui vit le changement. Mais, en tant que personne « autour » (ou comme allié, comme on le lit souvent), je crois qu’il est primordial d’être à l’écoute de cette personne, d’être franc et transparent avec lui.

Finalement, de juste être là.

D’évoquer nos incertitudes aussi, mais de ne pas oublier qu’au final, tout ça, ça lui appartient à lui et seulement lui!

Les personnes en transition vivent beaucoup de discrimination et reçoivent des questions bien pires que les vôtres, même en 2017. Si cet événement fascinant et inspirant vous arrive un jour, sachez que la personne a simplement besoin de votre soutien.