Didier Lucien devient Papa Doc au théâtre Espace libre

Ai-je du sang de dictateur
Photo: Jacinthe Perrault

Qui est Didier Lucien? Haïtien? Québécois? Seul sur les planches de l’Espace libre, dans la pièce Ai-je du sang de dictateur? (qu’il a lui-même écrite!), il joue son propre rôle et raconte l’histoire de son pays natal.

Au Québec, il est noir. Mais, en Haïti, il est considéré comme blanc, puisqu’il a déménagé dans la belle province à l’âge de un an, nous raconte le comédien.

Cette impression de n’appartenir entièrement à ni l’une, ni l’autre des nations, se fait ressentir dès le début, alors qu’on lui demande d’animer une émission de télévision portant sur l’histoire d’Haïti.

Ce sentiment d’imposteur ne le quitte pas, lui qui n’est jamais retourné dans le pays qui l’a vu naître


Histoire d’Haïti

Sont racontées la découverte du pays par Christophe Colomb, sa colonisation et l’esclavage qui s’en est suivi. Ensuite, la révolution puis la prise du pouvoir par Duvalier. Élu président en 1957, il se proclame président à vie en 1964 et prend les dispositions nécessaires pour qu’à sa mort, son fils, surnommé Baby Doc, prenne les règnes du pays.

Ai-je du sang de dictateur
Photo: Jacinthe Perrault

Un des points fort de la pièce est sans contredit le visuel : des images animées, projetées sur le mur alimentent le récit, semblables aux sketchs des Appendices. Elles permettent d’alléger les propos de l’auteur par leur rôle ludique, qui provoque le rire des spectateurs.


Désenchantement

Le cœur de l’histoire réside dans la prise du pouvoir de Papa Doc (alias le Dr François Duvalier), l’espérance d’une vie meilleure, puis le désenchantement. L’acteur ne raconte plus, il incarne :

il est le dictateur!

Juste avant le spectacle, des bandeaux étaient distribués. Duvalier s’adresse à nous, public, maintenant esclaves, et exhorte que nous le portions sur nos yeux.

Tout devient noir.

Il nous demande de penser à un moment heureux. Il nous demande de penser à un moment où nous avons eu mal. Cette noirceur, alliée à ce silence, nous permet non seulement de penser, mais également de nous immerger entièrement dans la pièce.

C’est le temps de la prière…

Le dictateur nous demande de nous lever et nous pouvons la réciter, puisqu’elle est projetée sur le mur.

Notre Doc qui êtes au Palais national pour la vie,
Que votre nom soit béni par les générations présentes et futures,
Que votre volonté soit faite, à Port-au-Prince et en province…

Puis Didier Lucien redevient lui-même et part en Haïti. Là-bas, un tremblement de terre le fait prisonnier de la maison de ses ancêtres. Et puis… c’est la fin.

Une fin plutôt abrupte.

Ai-je du sang de dictateur
Photo: Jacinthe Perrault

Points forts… et faibles

La participation du public est sans doute le point marquant de la pièce, de même que les images projetées.

Ce qui l’est moins : l’acteur qui chante, trop longtemps; le dédoublement de Duvalier dans les vidéos, en plus de celui sur scène; le bafouillement de l’acteur.

Une pièce au sujet fort intéressant, mais un peu désordonnée, qui aurait eu avantage à être écourtée.

Psssit! Les représentations se poursuivent jusqu’au 11 février