Consentement : tenter de comprendre

Photo: Caroline Laberge

Attendue, était la nouvelle pièce présentée au théâtre Jean-Duceppe. Avec Consentement comme titre, difficile d’imaginer pièce plus actuelle : on apprenait la veille de la première médiatique que Gilbert Rozon était finalement accusé de viol après que treize plaintes aient été rejetées.

Et pourtant, l’œuvre de Nina Raine a été créée quelques mois avant le mouvement #MeToo

Traduite de l’anglais par Fanny Britt et mise en scène par Frédéric Blanchette, la pièce raconte l’histoire de deux couples et de leurs deux amis, dont la plupart exercent le métier d’avocat.

Edward (David Savard), avocat de la défense, est en couple avec Kelly (Anne-Élisabeth Bossé). Ils viennent d’avoir un enfant et tout semble aller pour le mieux. Jake (Patrice Robitaille) et Rachel (Véronique Côté) vivent des moments plus tendus.

S’ajoutent à ce quatuor leurs amis, Zara (Cynthia Wu-Maheux) et Tim (Mani Soleymanlou), avocat de la défense.


Consentement ou infidélité?

Photo: Caroline Laberge

Les premières minutes de la pièce sont jubilatoires : les dialogues sont drôles et efficaces. Patrice Robitaille est particulièrement crédible dans le rôle du gars un peu macho (il y est habitué!).

Mais, très vite, ces soupers conviviaux sont ponctués de malaises avant de carrément tourner au vinaigre : l’infidélité de Jake dévoilée au grand jour est le premier coup dur.

Et c’est un peu ce qui pose problème : l’infidélité et la vengeance sont au premier plan. L’infidélité de Jake, puis celle de Kelly, qui n’a pas digéré la tromperie de son mari il y a cinq ans, l’infidélité de Tim avec Kelly, alors qu’il est en couple avec Zara…

L’enjeu du consentement, que l’on pourrait croire au cœur de la pièce, s’y trouve dilué.


Dialogues puissants, mais…

Photo: Caroline Laberge

Le dialogue entre l’avocat de la défense, Edward, et de la Couronne, Tim, lors d’un souper entre amis provoque le plus grand malaise de la pièce, tout en constituant le plus grand moment.

Tous deux discutent d’un cas sur lequel ils travaillent : une agression sexuelle. Alors qu’Edward se pose en défenseur de son client, il ne démontre aucune empathie envers la victime. Il semble être au-dessus de tout.

  • Pourquoi la victime ne s’est pas enfuie de chez elle après son agression, alors que l’accusé s’y trouvait toujours?
  • Pourquoi n’a-t-elle appelé personne?
  • Pourquoi sa version est-elle un peu différente de celle livrée à la police?
  • Pourquoi a-t-elle attendu plusieurs heures avant de dénoncer?

Des réponses qu’il recevra de plein fouet, alors que la victime s’introduira chez lui, après avoir perdu son procès. On comprend pourquoi plusieurs procès se soldent par des échecs, alors qu’on est confronté à ces questions.

La pièce regorge de moments forts, mais en voulant embrasser trop d’intrigues, elle s’y perd parfois.

Mais, l’essentiel est quand même là et les acteurs défendent leur rôle avec succès.

Consentement est présentée jusqu’au 2 février 2019, chez Duceppe