L’héritage de mes grands-parents…

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Pour Mamie

Depuis un an, je semi-blague/semi-chiale sur le fait que j’ai « attrapé le quart de siècle ». Pu le temps de revenir en arrière : j’ai un job à temps plein, j’ai déjà habité dans une maison sur la Rive-Sud, j’ai un REER et je passe mes vendredis soirs à écouter du Netflix en tricotant au lieu de sortir.

Je fais des blagues… mais à moitié. Des blagues un peu amères.

Ma vie n’est pas à plaindre, au contraire, mais des fois, mon anxiété prend le dessus :

  • Est-ce que je vais réussir à rembourser ma marge de crédit ?
  • Est-ce que je travaille trop?
  • Est-ce que j’ai encore envie de faire partie de x ou y projet ?
  • Est-ce que je suis une mauvaise personne parce que j’ai plus envie de tricoter en écoutant un film que de voir de vieilles amies ?
  • Est-ce que je délaisse mes grands-parents ?

Mes grands-parents

Je vis dans une famille de séparés, autant les parents que les grands-parents. Dans la génération d’avant, le divorce a sonné bien avant mon existence.

J’ai été chanceuse d’une certaine façon, parce que j’ai eu 4 grands-parents du côté de maman, en plus de mes deux grands-parents du côté de papa. 6 grands-parents pour me gâter à Noël, m’acheter des bonbons, m’amener manger des bagels chez Saint-Viateur, m’amener au Village québécois d’antan et en voyage aux Îles-de-la-Madeleine.

Ils m’ont gâtée mes grands-parents

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2004

Grand-papa, dont je me souviens assis sur son lazyboy, avec son buck de Coke Diet à sa droite. Grand-papa « Jack » fait un AVC. On va le voir à l’hôpital et je comprends difficilement que mon Grand-papa ait du mal à me parler « normalement ».

Quelques semaines plus tard, coup de fil : Grand-papa n’est plus. Je me rappellerai toujours de lui, de sa grosse voix sévère et de quand il partait d’Ahuntsic pour venir me chercher à Ville-Émard, pour qu’on aille manger des bagels.

Je vomissais chaque fois dans sa voiture, mais c’était de beaux moments !

2010

Grand-maman, qui a toujours eu un sein plus petit que l’autre à cause d’un cancer du sein. Grand-maman qui peignant pour nous et qui signait de son nom d’artiste, « Rose ». Grand-maman qui a choisi la mastectomie complète quand le cancer l’a frappée à nouveau en 2005. En 2010, Grand-maman a appris que son cœur avait pris sa retraite, qu’il ne fonctionnait plus. On l’a perdue lentement, doucement, jusqu’à l’hiver 2011.

2014

Pépère, le mari de Grand-maman, a un cancer des ganglions. On a peur qu’il nous quitte avant Noël. Pépère, dont chaque membre de la famille a entendu une histoire différente pour justifier la disparition d’une partie de son doigt. Pépère guérit, mais y’est pas fort. Il n’a plus sa shop dans le garage, il n’a plus sa Grand-maman qui lui dit « Yvon, sacrament ! » quand il s’inquiète, il est loin de nous dans sa maison de Saint-Lin. Mon Pépère, au moins, il est toujours là.


Des signes…

Grand-papa et Grand-maman, ils étaient souvent dans ma tête pendant mon quart de siècle. J’avais des flashback d’eux. Quand ça n’allait pas bien, la p’tite voix aigüe de Grand-maman résonnait dans mes oreilles :

Tu fais ton goddamn best, pis fuck le reste !

Quand j’ai découvert la biscuiterie Oscar sur Ontario, j’me suis rappelé les gigantesques bas de Noël que faisait Grand-papa. Il achetait tout le temps les soucoupes volantes et les « p’tits nègres », ces jujubes pas politically correct.

Grand-papa et Grand-maman, ils m’envoyaient des signes, je pense.

Je ne sais pas où ils sont, peut-être juste dans ma tête, mais Grand-papa et Grand-maman me disaient : fais attention à Pépère, fais attention à Grand-maman Gigi, à Pépé et à Mamie qui, eux, sont encore là pour t’agacer à force de trop vouloir te protéger.

Mais toi, les protèges-tu ?


Ma belle « Mayi-Beythe »

C’est à Grand-papa et Grand-maman que j’ai pensé quand j’ai su que ma belle Mamie, ma « Mayi-Beythe » (comme elle le prononce si bien, avec son accent des Îles) avait une grosse maladie du sang. Ma Mamie, toujours après nous demander si on est correctes, les larmes aux yeux. Ma Mamie, qui like tout ce qu’on fait sur Facebook. Ma Mamie, qui va au casino avec son Pépé.

Ma Mamie, elle en a trois des quarts de siècle, et elle ne s’en plaint pas…

grand-maman-mamie-amy-eloiseElle est malade et elle me demande encore si je travaille trop fort. Elle reçoit des injections 7 jours par mois pour se maintenir en vie, pis elle me donne encore 20$ pour m’aider à payer mon souper de ce soir.

Trois quarts de siècles derrière elle…

Trois quarts de siècles où elle se rappelle avoir vu l’arrivée de l’électricité dans sa maison des Îles; où elle dormait avec 3 de ses 9 sœurs dans un lit d’une petite maison sur la butte ronde; où elle se rappelle probablement de chacun des élèves à qui elle a enseigné; où elle n’a jamais vraiment appris à prononcer ses « r », ce qui lui donne tout son charme.

Trois quarts de siècle pour me donner une belle leçon d’humilité, pour m’inspirer, me faire sourire, me faire rire, me faire pleurer.

Trois quarts de siècle à absorber au maximum… du haut de mon petit quart de siècle