On ne naît pas femme, on le devient – Simone de Beauvoir

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Unique fille d’une famille de trois enfants, j’ai vite compris que je n’étais pas comme les deux autres. J’ai un vagin.

Même si ma mère me laissait porter des vêtements de garçons souvent et qu’elle m’a acheté un casque de vélo des Tortues Ninja au lieu de celui pour les filles, rose avec une Barbie dessus, j’ai vite compris qu’entre mes frères pis moi, y’avait une différence.

Je pouvais pas toute faire comme eux, fallait mettre des robes des fois, fallait se faire aider par les gars quand c’était le temps de transporter des affaires lourdes.

Fallait pas roter, les filles ça rotent pas.

Ça se promènent pas en bedaine les filles, ça cachent ses seins. Ça se rasent les filles, ç’a pas de poil les filles.

En vieillissant, j’étais full frue comme qu’on dit. Je savais pas encore, mais je sentais que le moule de femme qui m’était imposé me contraignait, me brimait.

J’aimais pas ça me maquiller. J’aimais pas ça passer 1h30 devant le miroir chaque matin pour avoir l’air d’une fille, une belle fille, comme celles qui attirent les garçons, comme celles dans la pornographie. J’étais pas vraiment bien dans du linge moulant. J’étais bien dans des gros souliers de skate. Mais j’avais peur que ça me rende moins féminine. Moins femme.

J’aimais ça en maudit les gars, mais des fois, les filles me chatouillaient en dedans. Mais les filles, ça aime les garçons. C’t’important, pour faire des enfants. Ça fait des enfants, les filles, une fois devenues femmes. Pis si ça a le malheur d’aimer les filles, ben c’est une « gouine » pis ça, ce n’est pas une vraie fille dans l’fond.

Je voulais pas être un garçon manqué. Fa’que j’avais un chum, j’me maquillais au minimum / mascara seulement, j’mettais des talons hauts la fin de semaine pis ça allait ben correct.

Une fois adulte, je suis allée à l’université. J’ai alors découvert la sociologie et le féminisme: ce gros méchant loup. J’ai rencontré Simone de Beauvoir aussi, avec sa fameuse phrase:

On ne naît pas femme, on le devient

Mais l’affaire, c’est que Simone a voulait pas qu’on devienne femme. En tout cas, pas des femmes contraintes par des doubles standards aussi ridicules que de devoir être désirable, sans avoir l’air trop sexy. Elle voulait sûrement pas dire femme comme dans « sois douce, sois mère, sois comme les modèles qu’on te montre dans les médias ».

C’qu’elle voulait dire Simone, c’est qu’on se fait influencer. On est conditionnée à être des femmes, avec toutes les règles qui viennent avec, toutes les contraintes que j’ai vécues enfant, toutes les contraintes que j’viens de nommer et toutes celles qui n’ont pas été listées ici.

Pis au final, ça donne un certain type de femme, qui convient à certaines, OK, mais pas à toutes.

Avec le féminisme, j’ai aussi découvert qu’on pouvait être comme on veut, qu’on pouvait aimer qui on veut, pis que c’était pas grave.

C’est pas grave d’aimer les filles pis les gars, c’est pas grave d’avoir du poil en d’sous des bras. C’est pas grave d’aimer la mécanique auto ou la pêche. C’est pas grave d’avoir des bourrelets, une moustache, des petits seins, un pénis, une blonde… NAME IT!

Y’a rien de ça qui devrait nous faire reconsidérer notre féminité. Y’a rien de ça qui nous rend moins femme.

Si vous vous sentez femme, c’est tout ce qui compte, c’est à vous pis juste à vous de vous définir comme femme, peu importe c’qu’il y a dans vos bobettes, votre lit ou votre placard.

D’ailleurs, pour voir une belle diversité de femmes inspirantes, le projet Womanhood par la photographe Cassandra nous raconte plein de belles histoires qui font doux sur le coeur.