La leçon de vie de Grand-maman

Ma grand-mère, que j’appelais Grand-maman, était courte sur pattes et, disons, très enrobée. Ce qui en faisait une petite boule de 4’11, qui riait beaucoup!

Grand-maman était drôle, Elle était drôle à voir!

Elle avait le sens de l’humour et, surtout, toujours un grand sourire aux lèvres. Grand-maman souriait tout le temps, malgré son dentier auquel il manquait une dent. Elle souriait tellement que ses joues remontaient sur ses yeux et on ne les voyait presque plus quand elle riait.

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Aussi, elle avait une voix vraiment aiguë. Elle a toujours eu des petits chiens, de la sorte que j’appelle des « petites moppes », qui sont eux aussi courts sur pattes et qui jappent tout le temps, avec leur voix aiguë aussi… Avec cette voix somme toute gossante, Grand-maman était toujours en train de crier après le chien quand il jappait, question de dédoubler l’enfer auditif pour ses visiteurs.

Je la vois encore, assise sur sa large chaise de bois, au bout de la table de cuisine, une cigarette dans la main droite, le coude accoté sur la table, jamais loin du cendrier, en train de crier après le chien en tendant vainement une main dans sa direction et en sacrant:

Simonac de chien à marde, awaye icitte! Hey! Mon p’tit goddème toé, m’a t’arracher la langue!

Vous voyez le personnage!


Garder le sourire

Le fait qu’elle souriait toujours, malgré sa vie pas facile, me rappellera toujours de sourire, même dans les moments plus difficiles…

Parce que Grand-maman, elle ne l’a pas eue facile.

Divorcée au début des années 1980, elle s’est retrouvée seule à la maison avec 5 enfants, dont 4 adolescentes et un kid de 2 ans. Elle a fait du mieux qu’elle pouvait, avec ce qu’elle avait. Et comme elle le disait souvent:

Tu fais ton goddamn best, pi fuck le reste!

En plus de tout ce beau bazar, Grand-maman s’est retrouvée avec sa mère et son frère au deuxième étage, dont elle devait aussi prendre soin. Notamment parce que Grand-mère se faisait vieille et perdait un peu la tête, et que mononcle était en crise existentielle après son divorce d’une femme… associé de son coming out.

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Grand-mère et Grand-maman

Hey, eux aussi faisaient leur goddamn best avec ce qu’ils avaient…


Maudit cancer

À cause d’un cancer du sein qu’elle avait eu au début des années 90, Grand-maman avait un tout petit sein. Je l’ai toujours connue comme ça. En 2005, le cancer est revenu s’attaquer à elle et cette fois, elle a décidé qu’elle en avait assez, qu’elle faisait tout enlever.

Chimiothérapie, radiothérapie: elle a tout fait.

Et en plus, elle commençait à avoir de la difficulté avec son coeur.

Malgré tout, elle continuait à sourire!

Quand ses cheveux ont recommencé à pousser, après la chimio, on lui disait qu’elle avait l’air d’un pissenlit. Et je me rappelle aussi d’un grand nombre de soirées où, assise sur sa chaise au bout de la table, elle attrapait des fous rires, qui lui faisaient faire des petits pets. Ce qui la faisait rire encore plus, qui la faisait péter encore plus, et rire encore plus, jusqu’à en pleurer avec ses petits yeux et son rire tellement aigu!


La fin…

Quand elle est partie, en 2011, Grand-maman était à la maison. Vers la fin, elle était tellement sur la morphine qu’elle dormait presque tout le temps. Mais au moins, elle était dans sa chambre, à la maison où tout sentait la lavande.

On lui parlait dans son « sommeil » et, de temps en temps, elle réagissait en ouvrant ses grands yeux, redevenus bleus comme ceux d’un bébé naissant, et souriait.

Elle a toujours gardé le sourire, même à la fin.

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Je n’aurai pas eu l’occasion de lui en parler, mais je pense que Grand-maman a beaucoup souffert d’anxiété et de dépression dans sa trop courte vie. Pi malgré tout, malgré ses choix, ses potentielles erreurs, elle a toujours fait son goddamn best.

Quand je suis anxieuse, c’est de ça que je me souviens :

Faire mon goddamn best et garder le sourire. Toujours.