Je suis immigrante, elle est immigrante

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À 9 ans, j’ai dû quitter la France, ma terre natale. Dire au revoir à ma famille, à mes amis et à mon chat adoré, pour partir vivre une nouvelle vie à l’autre bout du monde.

À 9 ans, une petite fille a dû quitter la Syrie, sa terre natale. Dire adieu à sa famille, à ses amis et à son chat adoré, pour partir vivre une nouvelle vie à l’autre bout du monde.

 

Mes parents ont fait le choix de partir loin pour quitter une vie trop rangée, sans nouveauté, qui manquait de défis.

Ses parents ont été contraints de quitter une vie trop dérangée, sans sécurité, qui croulait sous les défis. 

 

À la clé de mon grand voyage : le rêve canadien. Chiens de traineau, sirop d’érable et Céline Dion.

À la clé de son grand voyage : le rêve canadien. Sécurité, paix et tranquillité d’esprit.

 

J’ai depuis revu ma famille, mes amis, mon chat adoré. Je les sais en sécurité. On se parle. On s’envoie des photos. On rêve tout haut de nos prochaines vacances ensemble.

Elle ne reverra peut-être jamais sa famille, ses amis, son chat adoré. Elle s’inquiète pour eux. Elle leur parle dans ses rêves. Elle craint de voir leurs dépouilles aux nouvelles. Elle pleure tout bas ces cauchemars qui la hantent. 

 

J’idéalise mon enfance dans ma France paisible. Je me rappelle des rires, des chants, des jeux, de la cour de récré.

Elle frémit en pensant à son enfance dans une Syrie déchirée. Elle se rappelle des pleurs, des cris, du glas, des rues bombardées. 

 

Ici, j’ai grandi. Imprégnée de la culture. J’ai un accent métissé, j’aime la poutine autant que le magret de canard. Mon sang est français, mon cœur est canadien.

Ici, elle grandira. Imprégnée de la culture. Elle aura un accent métissé, elle aimera peut-être la poutine autant que le fattouche. Son sang est syrien, son cœur sera sûrement canadien. 

 

Je suis une immigrante.

Elle est une immigrante.

Nous sommes immigrantes.

 

Accueillies à bras ouverts.

Sachant d’où l’on vient, où nous somme nées.

Ne sachant où l’on va, où nous mourrons.

 

Le film de notre passé est la même histoire, réalisée dans un genre différent.

La mienne est une comédie à l’eau de rose.

La sienne est un drame d’horreur.

 

Mais je suis persuadée que nous avons le même avenir.

Plein d’opportunités, d’ouvertures, de poutine, de magret de canard et de fattouche.

Un film d’action, d’amour et d’aventure.

 

Ce texte se veut un cri d’amour pour ce grand pays que j’aime tant et qui m’a accueillie comme si j’étais l’une des siennes.

Il se veut également un cri d’espoir pour tous ces gens qui se déracinent dans l’espoir d’une vie meilleure.

Et aussi un cri de rage pour cette réalité absurde qu’est la guerre et la haine de l’homme envers l’homme.