J’ai un ami qui ne veut pas mourir.

Ma mère m’a toujours dit « les cimetières sont remplis de gens indispensables ».
En effet! On se croit tous indispensables un jour ou l’autre, pourtant, l’est-on vraiment? Est-ce une façon pour nous de justifier notre peur de la mort?

J’ai énormément peur de la mort. Pas de la mienne, mais de celle des autres!

Parce que pour moi, ces « autres » sont indispensables.

Je suis maman et tous les parents seront d’accord avec moi, on se demande tous un jour ou l’autre comment on pourrait survivre à la mort d’un enfant. Pourtant, des milliers d’enfants décèdent chaque jour, laissant derrière eux des parents orphelins. Ces survivants, ces indispensables, me portent à croire qu’on arrive à y survivre.

Selon moi, on ne vit pas… on survit!

Le préfixe « sur » joue bien son rôle en précisant que c’est une vie sur une autre vie, car la première vie n’existera plus jamais!

Photo Splasher

Mise à part mourir dans son sommeil à 98 ans avec une jaquette propre… la mort a toujours une parcelle plus ou moins grosse d’injustice. Quand la mort cogne à la porte d’un beau grand gars de 44 ans, avec une valise pleine de métastases, et qu’elle les installe sournoisement sur son pancréas, son foie et ses poumons… définitivement, elle ne repartait pas sans lui!

Grosse parcelle d’injustice. D’autant plus qu’il venait tout juste, enfin, de rencontrer celle avec qui il avait envie d’explorer la vie à deux!


Mon ami le guerrier!

Lui, c’est mon ami. Un guerrier qui a gentiment demandé à la mort de virer de bord, parce que mon ami, il ne veut pas mourir. Mais la sournoise est revenue. Malgré tous les efforts, l’espoir, les traitements… elle est patiente et le guette sur le bord de la galerie.

Mon ami s’est choqué, s’est battu, mais la mort est tenace! Lui, il le sait maintenant qu’il repartira bientôt avec elle, mais jusqu’à la dernière minute, jusqu’à la dernière larme, il gardera sa valise ouverte pour le long voyage.

Est-ce qu’il arrivera à accepter de plier bagage?

Arrive-t-on vraiment à apprivoiser l’idée que la vie s’arrête là, bientôt… maintenant?

Depuis que je sens son départ approcher, depuis qu’il a accepté de déposer un genou par terre, je pense à cet ami tous les jours. Lorsque je regarde quelque chose de beau, j’y laisse mon regard plus longtemps et je capture ce moment pour lui, en hommage à ce qu’il ne peut plus voir maintenant et ce qu’il ne verra plus.

Photo : Splasher

Ici et maintenant!

On ne cesse de se projeter dans le futur, à faire des plans pour l’avenir, à travailler ce qui nous rendra heureux demain! Pendant ce temps, la vie passe, des indispensables partent et la notion d’ici maintenant semble n’être encore qu’un simple thème de magazine santé ou de séance de pleine conscience.

Vivre le moment présent, carpe diem, ici maintenant sont pour la majorité des gens que des statuts Facebook ou des tatouages à la mode posés sur des omoplates bronzées!

Demandez à mon ami ou à un parent orphelin ce qu’ils en pensent vraiment…

Mon ami qui ne veut pas mourir n’a plus de raison de s’accrocher au futur, ici maintenant lui fait mal, et le passé n’arrive pas à apaiser ses souffrances. Pas assez de souvenirs justifiés pour un départ aussi hâtif.

Je vais donc vivre pour toi mon ami, et profiter de chaque moment comme si tu le vivais aussi.

Mon ami, comme toi, j’ai encore peur de la mort. mais grâce à toi, je n’ai plus peur de la vie!