OMG! J’ai interviewé la Queen of the North de RuPaul’s Drag Race : Brooke Lynn Hytes

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Il y a deux ans environ, j’ai découvert RuPaul et sa fameuse Drag Race. C’est sans exagérer que j’affirme que ç’a été un véritable coup de foudre pour moi : love at first sight.

Cette compétition de drag queens comprend tous les ingrédients que j’adore : du glam, de l’humour et des émotions à la tonne.

J’ai donc écouté chaque saison religieusement et cette année, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir la première participante canadienne de toute l’histoire de Drag Race : Brooke Lynn Hytes, Queen of the North.

Un autre coup de foudre pour moi!

Sérieusement, dès le premier épisode, je l’ai placé au sommet de ma liste, puis elle a conservé sa position tout au long de la compétition, et ce, jusqu’en finale… où elle aurait dû gagner, à mon humble avis, mais bon!

J’aime son esthétisme, son attitude positive, ses 1001 looks, son reveal de feu (un des plus wow de toute l’histoire de Drag Race) et ses lip-syncs plus-que-parfait.

Vous pouvez donc imaginer que j’ai sauté sur l’occasion quand j’ai eu la chance de l’avoir en entrevue. Oui oui, elle et moi au téléphone pendant 40 minutes! J’ai peine à y croire encore aujourd’hui… et elle était si gentille, en plus!

Voici donc les highlights de ma conversation avec Brock Hayhoe, alias Brooke Lynn Hytes

Photo Instagram @bhytes

Tu es Canadien, mais tu vis présentement aux États-Unis : quand as-tu déménagé et pourquoi exactement?

Je suis née et j’ai grandi à Etobicoke, une banlieue de Toronto, et j’y ai vécu pendant 18 ans. Ensuite, je suis partie en Afrique du Sud pendant deux ans, parce que j’étais danseur de ballet. Par après, j’ai vécu à New York pendant quatre ans, où je dansais pour une compagnie là-bas. Puis, je suis revenu à Toronto pour trois ans et c’est là que j’ai commencé ma carrière de drag. Finalement, je suis déménagé à Nashville en 2015. Le propriétaire du Play Dance Bar m’a vu dans un concours de drag queens auquel je participais et il m’a vraiment aimé, alors il m’a proposé une résidence. Je n’ai jamais planifié de déménager à Nashville, cela ne m’avait jamais traversé l’esprit, mais ils ont proposé de me parrainer pour un visa de travail. C’était donc une façon pour moi d’être admissible à RuPaul’s Drag Race, alors j’ai accepté.

Parle-moi de ta carrière en tant que danseur de ballet…

La compagnie pour laquelle j’ai dansé les quatre dernières années s’appelle Ballets Trockadero de Monte-Carlo et est basée à New York. C’est une compagnie de ballet entièrement masculine et nous jouons les rôles masculins et féminins, donc nous dansons sur des pointes, comme les ballerines. C’est une compagnie de tournées, alors j’ai beaucoup voyagé avec eux. C’était très cool, mais aussi très dur. Voyager autant et danser sur des pointes, j’étais juste fatigué et mon corps me faisait mal, alors j’ai décidé de tout abandonner. J’aimais le milieu des drag queens, c’est quelque chose qui m’a toujours intéressé, alors j’ai décidé de tenter le coup… Et ç’a très bien fonctionné!

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Danses-tu encore, parfois?

Je ne me suis pas entraînée depuis sept ans, mais je suis encore capable de danser un peu dans mes numéros de drag. Et ce n’est pas quelque chose que tout le monde fait dans le milieu, donc ça me rend unique.

À quel moment le drag est-il entré dans ta vie?

La première fois que j’ai essayé, j’avais 17 ans et j’allais encore à l’école à Toronto. Je l’ai fait juste une ou deux fois, en sortant dans les bars. Finalement, l’occasion s’est présentée alors que j’étais à New York. J’étais malheureux et je voulais rentrer à la maison. J’ai appelé mon amie Farra N. Hyte, l’une des plus grandes drag queens de Toronto, qui est d’ailleurs devenue ma drag mother, et je lui ai dit que je voulais essayer de voir si je pouvais vivre du drag. Elle m’a invité à son spectacle pour voir comment ça se passerait, alors je suis rentré chez moi, j’ai fait le spectacle et ç’a super bien fonctionné. Elle m’a prise sous son aile et m’a donné le même nom de famille qu’elle.

Comment ta « vraie » famille a-t-elle réagi à cela?

Ma famille est très chrétienne, alors je suis allée à l’église tous les dimanches pendant près de 18 ans. Quand j’ai fait mon coming out, ils n’étaient pas très enthousiastes, mais ils m’ont dit qu’ils m’aimeraient toujours, même s’ils ne sont pas d’accord avec mes choix. Quand j’ai quitté le ballet et commencé à faire du drag à temps plein, ils sont devenus très weirds, car ils ne comprenaient pas… mais ils m’acceptent maintenant. Ma mère est venue voir un de mes spectacles, récemment, et elle était avec moi pour le visionnement du premier épisode de RuPaul’s Drag Race.

Miss Continental, avec sa Drag Mother Farra N Hyte. Photo Instagram @bhytes

D’où vient ton surnom « Queen of the North »?

Ç’a commencé après que j’aie gagné Miss Continental. L’année suivante, lorsqu’on redonne la couronne, on doit effectuer un grand numéro d’ouverture et j’ai fait un numéro de ballet, style reine de glace, et j’ai placé tout le théâtre sous la neige. C’était si beau! C’est là que le terme « Queen of the North » est apparu.

Qui a été ta première dragspiration?

Quand j’ai commencé, c’était Farra N. Hyte, ma drag mother. Elle a une autre fille, Heaven Lee Hytes, et elles étaient les deux meilleures drag queens de Toronto. Elles avaient un spectacle tous les vendredis et les samedis soir dans un bar drag et c’était toujours plein à craquer. Je voulais tellement être comme elles. C’est donc formidable de faire partie de leur famille, aujourd’hui.

Parmi les anciennes participantes de Drag Race, qui sont tes favorites?

J’adore Roxy Andrews. Pour moi, elle est la meilleure drag queen du monde. Elle a toujours fière allure, elle est incroyable. Et elle fait tout elle-même : elle se maquille, se coiffe, elle coud tout, de A à Z. C’est ce à quoi j’aspire! J’aime aussi Sasha Velour, elle est tellement artistique et intelligente. C’est là que je veux amener mon drag. Tout est bien mis en place, c’est une vraie artiste et elle m’inspire beaucoup.

Avec Sasha Velour. Photo Instagram @bhytes

As-tu toujours été fan de RuPaul’s Drag Race?

À cause de mon éducation, je ne connaissais rien d’autre que le christianisme en grandissant. Un peu plus tard, on m’a introduit à RuPaul et dès que j’ai commencé à regarder Drag Race, j’ai été impressionné par l’empire qu’elle a créé et par la façon dont elle a réussi à mettre le drag sur la carte. Elle change vraiment des vies! Toutes les filles de la série ont vu leur vie changer. Les opportunités qui nous sont offertes, l’exposition que nous obtenons, nous ne pourrions jamais y arriver en un million d’années sans l’émission.

Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de participantes canadiennes à RuPaul’s Drag Race avant toi?

C’est une question de permis, car pour participer à la série, il faut être résidente américaine ou avoir une green card. C’est donc le principal facteur qui empêche les Canadiennes de participer, car il faut pouvoir travailler légalement au pays.

Était-ce la première fois que tu auditionnais pour Drag Race?

C’était le troisième. J’ai auditionné une première fois quand je venais d’emménager à Nashville, mais je n’avais que mon visa de travail et ils m’ont fait savoir que j’avais besoin d’une green card pour participer à la série. Alors je l’ai eu et j’ai auditionné pour la saison 10, mais je n’ai pas réussi. Et puis j’ai auditionné une autre fois pour la saison 11 et me voilà! En fait, c’est une bénédiction de ne pas être choisie la première fois, car chaque fois que tu te fais dire non, c’est une année de plus où tu te perfectionnes, pour devenir encore meilleure. C’est ce que j’ai fait. Les deux fois où j’ai été rejetée, je me suis énervée pendant un mois, puis je me suis ressaisie et je me suis demandé comment je pourrais être meilleure l’année suivante. Ça motive à devenir une meilleure drag queen, car tu as un objectif, une mission.

Photo Instagram @bhytes

Comment t’es-tu préparée pour cette 11e saison?

Personnellement, j’ai travaillé sur mes compétences en maquillage, en coiffure et en couture, car je sais que c’est très important pour la compétition. Honnêtement, je ne comprends pas les queens qui ne savent pas coudre… Pour être tout à fait honnête, je ne me considère pas comme une couturière hors pair, mais je sais comment faire quelques tenues de base. À partir de là, il est facile d’habiller le tout. Regarde mon catsuit à la Detox, c’était juste un one piece de base, que j’ai accessoirisé pour lui donner l’impression d’être plus que ce qu’il est en vrai. Bref, il faut savoir ce qui va bien à notre corps et savoir comment le fabriquer.

Es-tu fière de toi?

Je suis tellement fière de moi. J’ai travaillé si dur pour pouvoir participer à la série, alors juste le fait de remporter le premier défi, j’étais aux anges. Je ne pouvais pas y croire. Ça signifiait vraiment quelque chose pour moi, comme si on me confirmait que je méritais d’être ici et que tous les efforts que j’ai déployés au cours de la dernière décennie ont porté fruit.

Quelles ont été tes plus grandes forces dans la compétition?

Je sais coudre, c’est un bon début. Je suis aussi une grande artiste, c’est ce que j’ai fait toute ma vie. Et je suis assez bonne au département coiffure et maquillage.

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Et ton plus gros défaut?

Ne pas assez croire en moi. Je me questionne beaucoup et je me remets souvent en question. En général, dans la vie, je pense trop et j’analyse tout, ce qui me place dans un mauvais état d’esprit.

Qui a été ta principale rivale, cette saison?

Je pense que Silky a été une grande concurrente à cause de sa personnalité. D’ailleurs, je suis un peu jalouse : je souhaiterais être naturellement énergique comme elle. Bref, je crois que sans Silky, la saison 11 aurait été vraiment ennuyeuse. Elle a vraiment quelque chose de nécessaire pour Drag Race, selon moi.

Et qui ont été tes meilleures amies dans la compétition?

Je connaissais Nina West avant Drag Race, alors on était très heureuses de se retrouver. On ne pouvait pas y croire! C’était rassurant de savoir que j’avais une alliée dans la compétition dès le départ. Ensuite, je me suis vraiment rapprochée de Plastique Tiara, je l’aime vraiment beaucoup, elle est mignonne et drôle.

Avec Nina West. Photo Instagram @bhytes

Qu’as-tu appris sur toi durant la compétition?

Je suis une nouvelle queen, littéralement! J’ai découvert que je pouvais faire tellement de choses que je ne pensais pas pouvoir faire auparavant. Ça m’a permis de surmonter ma peur d’avoir l’air stupide, aussi. Ma plus grande crainte était de me sentir idiote, mais quand on est dans la compétition, on n’a pas le choix. C’est là que les mini-défis nous frappent. On a 15 minutes pour se changer en drag : c’est littéralement un cauchemar pour nous. On a l’air terrible, tout le monde se moque de nous et on doit relever un défi ridicule. Mais bon, il suffit de se laisser aller et de s’amuser!

Combien de temps as-tu besoin, en général, pour te changer en drag?

Je peux me transformer en une heure. Lorsqu’on se préparait pour le runway, j’étais toujours la première prête. Ça fait sept ans que je fais du drag, cinq soirs par semaine, alors je connais mon visage, ce qui est beau, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Je déteste aussi être en retard et pressée, alors je préfère me préparer le plus vite possible pour avoir le temps de me détendre avant de monter sur scène.

Drag Race a-t-il ouvert de nouvelles portes pour toi?

Absolument! Mon calendrier est complet jusqu’à l’automne. Je vais voyager à travers le pays et je vais aller en Europe cet été et en Australie à l’automne. C’est fou le nombre de portes que RuPaul ouvre pour nous, le nombre d’opportunités qui se présentent à nous et le montant d’argent qu’on peut en tirer!

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Quels sont tes projets pour les prochains mois?

Je ne suis pas une chanteuse, donc je ne vais pas lancer un album comme toutes les autres queens (rires). Mais j’aimerais faire quelque chose impliquant la danse, comme un one-woman-show. J’aimerais faire des ateliers de danse ou de drag pour les enfants, aussi. C’est une autre chose vraiment intéressante dans Drag Race : des jeunes de 10/12 ans viennent me voir pour un autographe et me disent qu’ils veulent devenir une drag queen à cause de moi. C’est tellement cool d’atteindre la nouvelle génération, de voir que RuPaul ouvre les yeux sur une nouvelle réalité et que les jeunes enfants sont de plus en plus acceptés et encouragés à être eux-mêmes.

Aimerais-tu revenir dans une prochaine saison All Stars?

Pourquoi pas?! Je suis ouverte à tout, je veux dire oui à chaque opportunité qui se présente à moi. Pour ce qui est de mon plan de match, je n’en ai pas pour le moment, mais j’attends de voir quelle sera la réaction des gens et ce qu’ils voudront me voir faire. Je vais suivre le courant…