Froid au théâtre Prospero : entre nationalisme, violence et suprémacisme blanc

Crédit: Cath Langlois

Alors que Froid était présentée dans la capitale nationale tout juste après les événements de la Mosquée de Québec, la pièce s’amène à Montréal, au théâtre Prospero, toujours criante d’actualité.

Trois jeunes Suédois nationalistes au discours raciste se réunissent dans une clairière pour célébrer la fin de l’année scolaire. De ces trois, deux se disent pures souches, tandis qu’Ismaël est Musulman.

Déjà, ce discours ultra nationaliste présente ses failles : « il est musulman, mais il est notre ami, alors c’est correct », si on veut paraphraser un peu…

« Tuer de façon cruelle et violente »

Tel est le propos de cette jeune femme, incarnée par une Ariane Bellavance-Fafard déchainée, qui rêve de tuer quelqu’un.

À la question « où vous voyez-vous dans cinq ans », à part Ismaël, qui fait part de son rêve de devenir chef cuisinier, les deux autres s’imaginent en prison.

En souriant!


Violence verbale et physique

C’est une pièce dérangeante, très physique, dans laquelle les personnages se battent entre eux pour le plaisir et se lancent des canettes de bière vides.

Et puis, ce que nous attentions tous se produit : Karl, d’origine coréenne, adopté par une famille suédoise lorsqu’il avait deux ans, passe par là pour rejoindre sa famille et ses amis.

Erreur fatale.

Crédit: Cath Langlois

Aux excès de rage se succèdent de courtes périodes d’accalmie, durant lesquelles on lui dit qu’il est un ami et on l’encourage à rester. On joue avec lui jusqu’à ce qu’on soit tanné…


Sentiment d’étouffement

C’est une mise en scène dépouillée qu’a choisi Olivier Lépine. Quelques canettes de bière vides jonchent le sol, une radio et une glacière font office de décors. La scène, toute petite, et la salle accueillant pas plus d’une quarantaine de personnes, participent à ce sentiment d’étouffement qui nous prend à la gorge.

Karl est pris au piège, nous savons comment cela va se terminer, mais nous sommes obligés de continuer à regarder.

Malgré cette lourdeur, quelques répliques savoureuses nous font rire tant elles sont la preuve d’une totale ignorance, dont celle-ci :

C’est impossible, 6 millions de Juifs tués. Ça prend dix minutes faire cuire des saucisses.

Ces discours, on les entend de plus en plus. Plus présents en Europe qu’ici, ils foisonnent tout de même et c’est ce qui rend une pièce comme Froid essentielle.

À voir, pas pour relaxer et se changer les idées, mais pour réfléchir et tenter de comprendre.

Mais aussi pour la performance époustouflante de ces jeunes acteurs!

Froid est présentée jusqu’au 4 novembre, au théâtre Prospero