Ça finit quand, une peine d’amour?

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Photo de Karim Manjra sur Unsplash

C‘est la première fois que j’ai le cœur brisé, pis étrangement, je ne comprends pas trop ce qui se passe.

T’es comme partie avec un p’tit boute de moi, pis j’espère que ça ne prendra pas quelqu’un d’autre pour le retrouver.

C’est probablement la seule phrase qui résume exactement mon current mood. J’ai dû y réfléchir longtemps, parce qu’on me demande un peu trop souvent d’expliquer comment j’me sens. Quand tu pognes un down, un gros down, tout le monde devient un conseiller. Pas un psychologue, non, un conseiller de « ça-va-aller-mieux-inquiète-toi-pas », qui se transforme bien vite en « voyons-r’viens-z’en »!

C’est-tu moi qui ne récupère pas assez vite?

Pourtant j’ai lu beaucoup d’histoires sur ça, vu beaucoup de films bein tristes, entendu énormément de chansons. Je pensais savoir c’était quoi vivre une peine d’amour avec tout ce brainstorm, pis d’être préparée à le vivre, à passer au travers comme une champ’.

Finalement, au moment venu, c’était comme plonger dans l’inconnu.

J’me sens comme dans une scène de film qui n’a pas de suite, où la fin heureuse n’a pas encore été écrite. À la place, j’ai Adele en trame de fond, pis entre deux couplets déprimants, j’ai envie de faire comme elle pis d’écrire des tounes tristes.

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Photo de Casper Nichols sur Unsplash

M’a la faire moi-même, ma trame sonore.

Mais s’il y a 99 down sides à un cœur brisé, l’inspiration n’en est pas un.


Des p’tits feutres sous les pattes

À mon âge, on pourrait croire que j’en ai vécu des peines d’amour. Que j’ai eu ma première à mes 15 ans, pis que c’tait donc bein un drame à n’en pu finir. Non, c’est à 25 grosses années, un quart de siècle, que j’expérimente enfin le feeling d’un coup d’pelle derrière la tête… qui a ramassé mon cœur au passage.

Pis, ça dure combien de temps une peine d’amour? Ça dépend.

Ça dépend de quoi? De comment gros ton cœur a pris de place dans ta vie quand t’étais heureuse.

Parce qu’après avoir tout tassé pour prendre la place qu’il avait besoin, au moment de dégonfler, il laisse un gros vide. Pis ça prend du temps pour que tout revienne à sa place initiale. Ça peut être long, pis y’a de ces choses avec pas de p’tit feutre en dessous des pattes qui se déplacent, oui, mais qui égratignent au passage. Dans ces meubles-là, y’a ma vie sociale et ma motivation, pis ils ont de la misère à revenir à leur place sans tout scratcher le plancher.

Des fois, je fais juste me coucher dans mon lit, pis dans le silence autour, j’entends mon plancher se faire ruiner…

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Photo de Yuris Alhumaydy sur Unsplash

Le bouton « Reset »

Toi qui m’as brisé le cœur, les gens me disent qu’il faut que je t’oublie. Que j’dois passer à autre chose et ne plus penser à toi. Même toi, tu me l’as dit. Le pire là-dedans, c’est que t’as aussi de la misère à m’oublier… tu me l’as dit, ça aussi. Quand on a de bons souvenirs, c’est difficile de s’en départir… même ceux avec toi, que j’aurais pourtant envie de mettre aux vidanges.

Chaque jour, je me lève en souhaitant avoir accroché le piton « Reset » en dormant. Avoir oublié tout ça, être enfin passée à autre chose. Pouvoir dire à mes amies que j’suis rendue là, que ça va bien pis que ça m’a fait grandir. En fait, je leur dis déjà ça, juste pour les rassurer, même si en dedans, au lieu de grandir, je rapetisse…

Mais ça va passer, qu’on me dit. On ne m’a juste pas encore donné la date de quand ça va arriver.

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Photo de Kristopher Roller sur Unsplash

En quittant, t’es partie avec un p’tit boute qui m’appartient. Mon cœur avait pris toute la place et il n’aurait pas dû. T’es partie avec l’air qu’il y avait en dedans et là, je manque de souffle, pis j’ai comme trop d’espace vide. J’comprends maintenant quand on dit qu’on feel comme la fin du monde, qu’y’a rien après, que toutes les chances étaient avec l’autre.

J’aimerais ça redevenir celle que j’étais avant, mais je ne la trouve pu…

Elle est partie avec toi, ç’a bein l’air.


En attendant que ça guérisse

J’espère maintenant faire une grande personne de moi, une femme forte qui n’aura pas besoin d’une autre personne pour combler ce vide. Parce qu’avant, j’étais seule et chaque chose avait sa place, sans que ce soit ni trop ni trop peu.

C’est comme réapprendre à marcher, alors que j’ai fait ça toute ma vie. Tu m’as scié les jambes pendant que ça allait bien, mais là j’aimerais bien que tu me les rendes.

Y me reste juste à aller chez Home Depot pour ramasser des boutes feutrés et les coller sous les pattes de ma vie, pour que ça fasse moins mal le temps que ça se replace. Pendant ce temps, je vais enlever nos souvenirs de sur les murs et les cacher sous une planche…

Et ça devrait passer.