Alice: un conte, une réalité, un cauchemar

alice-paquet-une

​On l’appelle Alice. On l’appelle par son prénom, comme une participante de téléréalité.

Non mais, as-tu entendu qu’est-ce qu’Alice a dit hier aux médias?

Ouais, elle a menti sur son histoire, tu penses qu’elle s’est vraiment fait violer?!

Alice est la Maripier Morin des téléréalités. La «Maripier» que plusieurs étaient prêts à jeter sous un pont dans Occupation Double.maripier morin

Boiteux comme comparaison? Peut-être. Boiteux ce cirque médiatique? Certainement.

Maripier était un sujet de conversation sur l’heure du midi au travail. Tout le monde avait une opinion sur «la bitch», pouvait-on entendre. La «criss de folle», la «cochonne» disaient d’autres.

Alice est elle aussi un sujet de conversation autour de la machine à café.

«Encore cette folle», peut-on lire sur Facebook.

«Comment un pichou comme ça a pu être escorte?!? Il faudrait qu’on me paye pour baiser ça!», dit un autre.

«Pu capab de cte folle la»

«QUELLE VERSION de l’histoire est-elle allée brailler aux enquêteurs???!»

Alice est caricaturée et détestée par plusieurs. Son comportement soulève la colère de certains, mais aussi LA PITIÉ et la sympathie de quelques autres…

Néanmoins, on s’assoit sur son sofa pour connaître ce qu’elle va sortir de nouveau. Elle boost les cotes d’écoute, fait vendre les journaux, génère du trafic sur le web.

Alice est un divertissement.

Ya plus d’action dans cette histoire qu’à District 31

– peut-on lire sur Facebook


Dans une télévision près de chez vous…

De nos jours, il ne semble plus y avoir de différence entre la «réalité» et la «téléréalité». Alors, quand une histoire comme celle d’Alice fait surface, les protagonistes sont traités aussi violemment que certains participants de téléréalité.

Le hic, c’est que Maripier n’est pas devenue « un divertissement » parce qu’elle a dénoncé un viol à la police. Maripier a participé à une émission de téléréalité de son plein gré.

Alice elle, a raconté son histoire, une histoire qui ne devrait pas être prise à la légère. On parle d’agression sexuelle, pas du bikini que portait Cintia dans un épisode d’Occupation Double

alice-paquet-dénonciation
Crédit photo: TVA Nouvelles

Que son histoire soit vraie ou fausse, que ses versions se contredisent, Alice Paquet est une femme qui a pris la décision de confier aux autorités ce que bien d’autres femmes ne sont tout simplement pas capables de faire.

Sur les réseaux sociaux (le tribunal populaire des temps modernes), elle est persécutée.

Elle est envoyée à la potence comme les «sorcières» d’une autre époque

Comme les «sorcières» qui étaient perçues comme des criminelles, tout en étant des victimes. Mais attendez un instant: qui est la victime déjà?

Pourquoi la dynamique victime/criminel est-elle floue, tout à coup?

Chose certaine, Gerry Sklavounos, lui, on ne l’appelle pas Gerry. On l’appelle Sklavounos, M. Sklavounos, le député.

gerry sklavounos

Alice elle, on connaît à peine son nom de famille. Mais on sait qu’elle est une ancienne prostituée.

Lorsque les projecteurs s’éteindront sur Alice et son histoire, saura-t-elle changer son image ou sombrera-t-elle dans l’oubli, comme Priscilla dans Loft Story?

Triste qu’une jeune femme qui dénonce un viol puisse être comparée à une participante de téléréalité, Bien triste….

***
Crédit photo à la une: TVA Nouvelles